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Banlieue parisienne : un quartier à la pointe du compostage

daureport, 15 mars 202420 mars 2024




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Selon l’ADEME, les biodéchets représentent un tiers de nos ordures ménagères1, soit 83 kg par habitant par an2. Pour réduire ce gaspillage, la loi AGEC oblige les Français à trier à la source leurs biodéchets depuis le 1er janvier 2024. Mais que faire des déchets une fois triés ? Le compostage est-il la meilleure pratique pour les valoriser ? J’ai décidé de mener l’enquête auprès de mes voisins dans une rue pavillonnaire de L’Haÿ-les-Roses.

Une pratique accessible et peu contraignante

Il est dix heures du matin, un paisible dimanche de mars. On observe jusqu’en haut de la rue une myriade de voitures de toutes les couleurs, garées le long du trottoir. Le premier à m’accueillir est Michel, un octogénaire ayant grandi à la campagne. Il a toujours vu ses parents composter à l’air libre, dans un tas au fond du jardin. Lorsqu’il a emménagé en ville, Michel a investi dans un bac à compost qui « n’est-pas assez aéré, ce qui entrave le processus de compostage » selon lui. Pour faire face à cela, il l’aère en le remuant, et l’humidifie deux fois par semaine. Ce retraité ressent une grande satisfaction de ne pas jeter et de produire un engrais de qualité pour son jardin, qu’il entretient à la perfection. Il me raconte qu’un jour il a été très surpris lorsqu’il a trouvé des souris dans son compost, probablement attirées par un morceau de viande jeté par mégarde avec ses épluchures.

Si certains considèrent l’ « Or Brun » (le compost mûr) comme une richesse, Christelle et Antoine, parents de deux adolescents, en produisaient trop et n’avaient pas le temps de l’utiliser. Ils ont donc arrêté de composter après sept ans de pratique. Ils s’y remettraient volontiers si une collecte de compost était mise en place par les collectivités.

Gérald, Elodie et leurs deux enfants n’ont jamais essayé de composter par manque de temps, mais comptent s’y mettre prochainement, conscients des bénéfices.

En face de chez eux, Françoise, sexagénaire, a débuté le compostage en 2019, peu avant sa retraite. Elle a trouvé cette pratique très facile : « Il suffit juste d’un peu de bonne volonté » me dit-elle. Une fois par an, elle utilise la terre produite pour recouvrir ses pieds de rosiers et de tomates. Cette riveraine passionnée a même acheté un accélérateur de compost. Selon elle, tout le monde devrait se lancer : « c’est un petit geste individuel qui a beaucoup de poids  à l’échelle collective».

J’ai finalement rencontré Franck et Pocki, parents de deux jeunes adultes. Franck, le « fou du compost », est l’écologiste de la famille. « Je suis tombé dedans quand j’étais petit et je n’ai jamais réussi à en sortir», me dit-il avec un grand sourire. Pour enrichir ses connaissances, il s’est documenté, a discuté avec des amateurs et assisté à une formation organisée par l’intercommunalité Grand Orly Val de Bièvre. Franck réalise des économies en sacs poubelle et en terre. Il nous livre sa meilleure astuce : placer un seau à compost dans sa cuisine, que l’on vide une fois plein, pour réduire les « sorties compost ». Franck conseillerait à ceux qui n’osent pas se lancer de « ne pas hésiter : aucune contrainte, aucune odeur, que du bonheur ».

Un petit pas pour le ménage, un grand pas pour la planète

D’après l’experte Cécile Bussière, 60% des sols européens sont brûlés aujourd’hui3. Le compostage est primordial pour lutter contre la désertification des sols. Carolyn Legg, maître composteur de l’entreprise Vers Ma Terre et coprésidente du Réseau Compost Citoyen, me confirme que « le compostage permet d’éviter l’enfouissement et l’incinération, pratiques détruisant les sols et l’atmosphère. Il permet également de retenir l’eau dans les sols et de les nourrir, ce qui les aide à mieux stocker le carbone. Une démocratisation du compostage est nécessaire car  sans nos sols nous ne pouvons pas nous nourrir. »

Selon elle, la plus grande difficulté à laquelle nous devons faire face est de changer nos  habitudes et notre philosophie : « il faut voir la matière organique comme un matériau propre qui nous est nécessaire. »

En conclusion

 D’après les personnes interrogées, le compostage est une pratique simple et peu contraignante présentant plusieurs avantages : réaliser des économies, créer du lien social et surtout diminuer notre empreinte carbone individuelle. Selon Carolyn Legg, le compostage est accessible à tous : « les personnes qui n’ont pas de jardin peuvent d’abord se tourner vers le compostage partagé en pied d’immeuble ou se lancer dans le lombricompostage quand celles-ci ne disposent pas de point de compostage de proximité. » Il existe également des jardins partagés. Pour ceux qui optent pour le compostage individuel, beaucoup d’intercommunalités distribuent  gratuitement des composteurs.

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Sources : 1. ADEME presse, « Tri à la source des biodéchets : tous mobilisés pour valoriser ces ressources encore trop gaspillées », 19/10/2023 https://presse.ademe.fr/2023/10/tri-a-la-source-des-biodechets-tous-mobilises-pour-valoriser-ces-ressources-encore-trop-gaspillees.html
2. ADEME Infos, « Le tri à la source des biodéchets, c’est maintenant », 2023 https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2024/le-tri-a-la-source-des-biodechets-cest-maintenant/
3. Euractiv, « Une nouvelle carte confirme que plus de 60 % des sols européens sont dégradés », Hugo Strena, 22/03/2023 https://www.euractiv.fr/section/agriculture-alimentation/news/une-nouvelle-carte-confirme-que-60-des-sols-europeens-sont-degrades/
4. La Presse, « L’Autriche, championne européenne du compostage », 06/08/2010 https://www.lapresse.ca/environnement/201008/06/01-4304372-lautriche-championne-europeenne-du-compostage.php
5. ADEME Magazine, «Tri des biodéchets : pourquoi s’y préparer dès maintenant ? », enquête réalisée en 2020 par OpinionWay pour l’ADEME https://infos.ademe.fr/magazine-novembre-2021/dossier/tri-des-biodechets-pourquoi-sy-preparer-des-maintenant/

Amary Le Bideau

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